Monday, October 29, 2007

Comme tout citoyen je suis censé aller voter, histoire de dire que j'existe dans leur communauté (113 - Princes de la ville)

Hier dimanche, c'était donc les élections municipales, des conseillers municipaux et des représentants de quartier, et des gouverneurs et membres des assemblées de départements. Depuis deux jours, la vente d'alcool est interdite dans tout le pays, et l'Armée et la Police multiplient les barrages. Quant à moi cela faisait déjà un moment que je cherchais à me renseigner sur le bureau de vote qui m'avait été assigné et à me former au vote selon les modalités locales.

Car laissez-moi vous dire que voter en Colombie n'est pas une mince affaire! Pendant notre voyage, avec Mag, on a vu quantité d'affiches électorales. Dès que l'on change de quartier les affiches changent, car c'est aussi l'élection des membres des Consejos Distritales et des Juntas de Acción Local. Dans une ville comme Bogotá, ça donne plus de 700 candidats au poste de conseiller municipal pour 45 élus, et pour les 7 à 13 élus à la JAL pour chacune des 20 localités, je vous laisse imaginer le nombre de candidats...

Mais en plus, les modalités de vote sont aussi à s'arracher les cheveux. Pour les maires et les gouverneurs c'est facile: les élections sont uninominales donc on vote pour 1 candidat par parti (ou indépendant, ou vote blanc). Mais pour les assemblées départementales, les conseils municipaux et les JAL, les élections sont par listes, qui peuvent autoriser un système de "voto preferente". KEZAKO? Eh bien, contrairement au vote par listes habituel, où les sièges sont attribués dans l'ordre (établi à l'avance par le parti) des candidats, si le "voto preferente" est autorisé on vote pour une liste ET pour un candidat. Le parti est alors obligé de respecter le nombre de vote obtenu par chacun de ses candidats dans l'attribution des sièges. C'est un système qui permet plus de participation des citoyens au sein des partis dans des scrutins locaux où il serait irréaliste d'organiser des primaires. Mais du coup, c'est horriblement compliqué car chaque candidat est identifié par son parti ET son numéro. Heureusement les électeurs ont le droit d'emporter avec eux tout document pouvant les aider à se rappeler pour qui ils veulent voter.

Des points d'information répartis dans toute la ville renseignait les gens à propos de leur bureau de vote. Seulement, quand l'employée a mis mon numéro de cédula dans l'ordinateur = rien! Des amis m'affirment que les gens qui n'ont pas fait enregistrer leur cédula peuvent voter dans un bureau spécialement prévu pour eux, à Corferias (l'équivalent de la Porte de Versailles, où ont lieu toutes les Foires). Je consulte donc Internet, et je trouve d'abord des infos encourageantes: apparemment Corferias reçoit toutes les personnes dont la cédula a été émise après 1980 et qui ne sont enregistrés nulle part. Je décide quand même de téléphoner à la Registraduría pour me faire confirmer l'information. Et oh surprise! On me répond que non, moi c'est pas possible. En effet, depuis 2006, toutes les nouvelles cédulas emises sont automatiquement enregistrées sur le lieu de l'émission, pour éviter justement qu'il y ait trop de gens sans bureau de vote fixe. Or ma cédula a été émise... par le Consulat de Colombie en France!!!! Je suis donc censée voter là-bas!!! Théoriquement j'aurai pu faire le changement de bureau de vote pour voter à Bogota, seulement ce n'était possible qu'en mai 2007...4 mois AVANT que je reçoive ma cédula! Bon ben voilà, c'est râpé pour cette fois... Il me faudra encore attendre un peu pour voter en Colombie. En attendant je vais tâcher de mieux comprendre comment remplir le bulletin de vote!!!

Finalement c'est à nouveau le Polo Democrático Alternativo, le parti de gauche, qui a gagné la Mairie de Bogotá en la personne de Samuel Moreno. Cela a constitué un énorme camouflet pour le Président Uribe, qui avait ouvertement (et de façon plutôt sans-gêne) appuyé la candidature de Enrique Peñalosa, ancien maire de Bogotá de 1998 à 2001 et artisan de la transformation urbanistique de la ville. D'ailleurs, contrairement à l'usage et alors que la Mairie de Bogotá se situe à un pâté de maison du Palais présidentiel et en face de l'Assemblée Nationale, Uribe a refusé de rencontrer Samuel Moreno pour le féliciter. Il faut dire que sur la scène politique nationale, le Maire de Bogotá est le 2e personnage politique le plus important après le Président de la République. Monsieur le Président s'est donc vexé... Les deux hommes politiques ne se croiseront pour la première fois qu'en... février 2008!!!

Plusieurs candidats ont été élus contre tous les pronostics, et surtout contre des caciques inscrustés dans la vie politique locale, ce qui a représenté une jolie consolidation de la démocratie (à Cartagena par exemple). C'est surtout dû à l'onde de choc du scandale de la "Para-Política", qui a mis à découvert depuis 2006 les liens entre certaines personnalités politiques à tous les niveaux et les groupes paramilitaires responsables de centaines de massacres et exactions depuis les années 80-90. Mais bien que ce scrutin ait été l'un des plus "calmes" depuis longtemps, beaucoup ont dénoncé le fait que la violence s'est exercée avant les élections pour contraindre certains candidats à se retirer (trente candidats ont été assassinés et 10 enlevés pendant la campagne) ou menacer les électeurs.

Sunday, October 28, 2007

Petit contrôle d'identité, be-be- tu bafouilles... (Al Peco - Lascars contre blédards)

Hier quand je suis sortie de l'aéroport il faisait un soleil magnifique. Vers les cerros, la tonalité est plutôt gris moyen... Au coin du Parque Simon Bolivar, le bus tourne à droite au lieu de continuer tout droit. Il s'engage dans une grande avenue fermée à la circulation. Quelques centaines de mètres plus loin, une chicane entourée de policiers. Le bus s'arrête, un policier parle au chauffeur qui ouvre les portes. Une femme policier tirée à 4 épingles, maquillée à la perfection, monte: "Eso es un control de la Policía Nacional. Por favor bajen del vehículo con su documento en la mano."

Les 6 ou 7 passagers descendent sagement en cherchant leur "cédula" dans leur portefeuille. Autour du bus, le même nombre de policiers, hommes et femmes. La femme policier récupère toutes les cédulas, ainsi que la "libreta militar" des hommes (c'est le certificat qui montre que la personne est en règle avec ses obligations militaires), puis remet le tout à une autre femme policier qui vérifie les numéros des documents par radio.

Les 3 hommes du bus sont immédiatement fouillés à peine ont-ils mis le pied par terre. Pour les femmes, moins d'empressement, mais palpage de tout le corps et fouille des sacs quand même. Une par une, on défile devant la femme policier. Jambes écartées, mais sur le bus. Fouille de haut en bas, pas brusque mais ferme. Mince! Je viens de mettre les sous que m'a donné Mag dans mon soutif. C'est malin, en temps normal c'est un moyen sûr de planquer les grosses sommes, mais là ça va paraître suspect! Ouf, à quelques centimètres près elle ne touche pas là... Puis fouille du sac.

Une fois toutes les cédulas vérifiées, elle fait l'appel pour les rendre et tout ce petit monde remonte sagement dans le bus avec les remerciements de la Police Nationale. C'est mon premier contrôle de police "sauvage" en Colombie, quoique les fouilles par palpage sont fréquents (et les fouilles des sacs quotidiennes). Mais pas de panique, car... j'ai ma cédula!! Eh oui!! La raison du contrôle: aujourd'hui dimanche ont lieu les élections des gouverneurs, des maires et des conseillers communaux, et le pays est sur le qui-vive...

Saturday, October 27, 2007

Me voy a quedar con ganas y con tremenda alegría de regresar algún día a esta tierra colombiana (Polo Montañez - Colombia)

Le samedi, Mag reprend l'avion. Bouh... Je l'accompagne à l'aéroport.

On s'achète de quoi manger dans mon coin secret. J'ai découvert cet endroit un jour avant de prendre l'avion. J'avais faim et je traversais de long en large l'aéroport en regardant les prix 2 à 3 fois plus élevés qu'en centre-ville. A force de raser les murs, mes baskets m'ont ammené dans un couloir moins fréquentés et peuplé de petits cafés (et non de grandes chaînes de restauration comme dans le reste de l'aéroport). C'était le matin, et en bonne européenne je me suis fait servir un jus d'orange avec une part de quatre-quart pas chers du tout par des dames super gentilles. Partie m'asseoir dans un recoin du local minuscule, j'ai vu défiler tout le personnel de l'aéroport venu petit-déjeuner... des tamales, hahaha!!! Le tamal est un mélange de riz, farine de maïs et de viande cuit dans des feuilles de bananier, pas franchement ce qu'un français penserait à avaler au p'tit-dèj... En voyant les pilotes, douaniers, hôtesses passer, j'ai eu un moment de panique en pensant que j'étais peut-être dans une partie de l'aéroport interdite au public. Mais en fait non, c'est juste qu'ils connaissent la bonne adresse alors que la plupart des voyageurs ne mettent pas les pieds par là. L'aéroport El Dorado va être rénové de fond en comble dans les prochaines années, mais j'espère qu'ils ne viveront pas le seul endroit où l'on peut manger à des prix abordables. En attendant, ne parlez de ce coin à personne ;-)

Ensuite j'ai entraîné Mag dans ma boutique préférée, qui a une succursale dans l'aéroport. C'est Cascabel, une chaîne de pâtisseries qui vend ses gâteaux et biscuits dans des boîtes de métal décorées magnifiques. Comme je l'avais fait pour Sumi lors de son départ, j'offre une jolie boîte à Mag avec un délicieux pudding dedans. Et peu de temps après j'ai eu la confirmation que c'était vraiment le cadeau de départ idéal, car sans cela Mag serait tombée d'inanition à l'aéroport de Madrid, hahaha!!!

Et voilà! Mag passe les contrôles et disparaît! Ce fut pour elle 3 semaines de découvertes et de dépaysement total. Pas vraiment de frayeurs bien qu'on ait voyagé juste avant un rendez-vous électoral important (chose totalement déconseillée par tous les voyagistes, mais bon, en même temps, pour eux y'a jamais vraiment de bonne période pour se rendre en Colombie...). Plutôt des tonnes de souvenirs et l'impression de lui avoir permis de faire un voyage dont elle se souviendra toute sa vie, voire de l'avoir sensibiliser à une réalité, dans ce qu'elle a de meilleur et de pire, qui changera peut-être sa vision de la vie. Quant à moi, je met fin à deux mois et demi de vacances, qui sont à peine ce dont j'avais besoin pour exorciser le souvenir de mon ex-sorcière de chef. Je peux maintenant me remettre à la tâche avec les idées claires, et m'attacher à nouveau à ce pays qui, même s'il m'a donné un peu trop d'émotions fortes l'année dernière, m'a transformée et presque adoptée. Je me sens à nouveau à ma place, dans mon petit appart à Chapinero où je reprends peu à peu une vie normale...

Friday, October 26, 2007

I love all of you, hurt by the cold (Red Hot Chili Peppers - My friends)

De retour à Bogotá, on fait les visites qu'on n'avait pas pu faire avant de partir à Cartagena puisque je travaillais. Le ciel est menaçant, et on se fait doucher plusieurs fois, mais c'est pas ça qui nous arrête!

Premier arrêt, la Donación Botero et la Casa de la Moneda, et un petit tour dans la Candelaria. Comme toujours quand je mets les pieds dans ce musée (et pas que pour moi), c'est autant le contenant que le contenu qui fascine. L'enchaînement de bâtisses coloniales superbement restaurées est magnifique, même dans la lumière grise des jours de pluie...




Autre visite obligatoire: monter à Monserrate. Le ciel menace de nous tomber sur la tête mais bizarrement, la couche nuageuse est haute et on voit très loin à l'horizon. C'est pas comme quand on monte à la Tour Eiffel un jour gris et qu'on se retrouve presque au milieu des nuages, hahaha, et pourtant nous sommes à plus de 3000m d'altitude!

Sur les murs de l'Eglise on repère des affiches de la 14e campagne annuelle pour la remise d'armes organisée par la municipalité. La campagne se base sur deux slogans, l'un à destination des hommes "Entregar tu arma de fuego es demostrar que tienes calibre" et l'autre à destination des femmes "Sin armas le darás directo al corazón". En échange de la remise de leur arme dans l'une des paroisses de Bogota, le citoyen reçoit des bons alimentaires à utiliser dans les supermarchés. Les armes sont ensuite fondues et servent à réaliser des oeuvres d'art sur le thème de la non-violence.



Au pied de Monserrate se trouve la Casa Museo Quinta de Bolívar, habitée par le Libertador au cours de plusieurs de ses séjours à Santafé de Bogotá. La maison coloniale entourée de jardins est un des derniers témoins de ce qu'était la ville avant l'indépendance... et jusqu'il y a 50 ans, avant la croissance monstrueuse de la capitale. Comme s'en souvient encore Elfi, par exemple, la plupart des maisons bourgeoises possédaient une partie "publique" et des "dépendances" pour les domestiques, et étaient entourées d'immenses jardins.



Les jardins de la Quinta de Bolívar sont d'ailleurs aussi intéressants et beaux que la maison. A l'entrée les plantes sont disposées en parterres, avec des fontaines et des arcs de verdure. Mais sur les côtés et à l'arrière de la maison, c'est beaucoup moins formel et des petits sentiers zigzaguent entre les arbres. Entre autres fleurs, le parc regorge notamment d'orchidées -la fleur nationale- accrochées sur tous les arbres. L'orchidée cache sous sa beauté une nature pas très sympathique: c'est en fait une sorte de parasite, ou plutôt de colonisateur (hahaha... colonisateur, Bolivar, indépendance... bref...). Ses racines se fixent sur une branche ou un rocher, d'où poussent de longues feuilles en corolle, au centre desquelles apparaîtra la fleur (cf photo du centre).



Une journée bien fraîche que l'on terminera avec un bon chocolat chaud dans un de mes cafés préférés qui me rappelle mes premiers mois à Bogotá, près de Las Aguas. Octobre est un mois humide, mais heureusement la culture santafereña a tout ce qui faut pour réchauffer les corps fatigués et frigorifiés par une longue journée en tierra fría. Les gens qui vivent sous les Tropiques, malheureusement pour eux, n'ont pas ce plaisir indescriptible d'une boisson chaude par une froide soirée (les pauvres, chez eux il fait chaud tout le temps, hahaha!!!!).

Monday, October 22, 2007

In my secret garden, I'm looking for the perfect flower, waiting for my finest hour (Madonna - Secret Garden)

Dans les derniers jours de notre séjour à Cartagena, on décide de visiter le Jardin Botanique de Guillermo Piñeres, situés entre Cartagena et Turbaco. Pour une fois, le trajet n'est pas trop galère puisqu'on est pas loin du carrefour d'où partent les bus pour Turbaco. 20 minutes plus tard, on descend du bus dans un tournant et on prend le sentier vers le Jardin. Ce sont 15 minutes de marche sur un chemin empierré dans la fournaise; on a l'impression d'être carbonisés sur place. Les seuls êtres vivants que l'on croise sont les lézards qui bronzent, ravis, sur les cailloux!

Lorsqu'on arrive enfin au Jardin, la beauté du lieu nous fascine tout autant que le fait d'être enfin à l'ombre des plantes. Le Jardin de 9 hectares regroupe une collection de plantes ainsi qu'une zone naturelle protégée. Les plantes tropicales très variées sont organisées par type: le coin des arbres fruitiers, des fleurs, des palmiers, des plantes médicinales... L'endroit regorge d'animaux visibles ou non. En ouvrant bien les oreilles, on repère où ça bouge au-dessus de nos têtes. Il faut alors regarder attentivement, et au détour d'une branche on voit apparaître un singe, un oiseau ou un iguane.



Parfois il n'y a même pas besoin de tendre l'oreille, par exemple lorsque tout d'un coup un gros bruit sourd nous a tous fait sursauter!! Mag et moi nous sommes arrêtées pétrifiées, puis Jimmy nous a expliqué qu'il s'agissait seulement d'un iguane. Les iguanes sont de très bons grimpeurs et on les voit accrochés aux branches, mais apparemment, parfois ça leur prend de se lancer au sol du haut d'un arbre. 5 à 10kg de gros lézard qui tombe comme une crêpe, ça secoue le sol feuillu!



Mag a maintenant presque atterri de sa 40.000e dimension. Elle se repère comme un poisson dans l'eau à Cartagena. Tous les jours elle observe Nati faire le repas et elle note les recettes. Et dernière adaptation et pas la moindre: elle est capable de tenir une conversation avec des Costeños, régionalismes inclus!!

Mais le lendemain soir, on laisse les Tropiques le coeur gros: retour à Bogotá! Il ne reste à Mag que quelques jours en Colombie, et encore quelques jolies visites dans la capitale...

Thursday, October 18, 2007

Longe, lá de longe, de onde toda a beleza do mundo se esconde (Tribalistas - Lá de longe)

Jeudi on est partis tôt pour le Terminal de bus de Cartagena. Direction: Santa Marta, à 80km de distance au Nord-Est. Santa Marta, c'est une "petite ville" de 400.000 habitants, capitale du département du Magdalena. Ce fut la première ville fondée dans ce qui est aujourd'hui la Colombie, et la deuxième d'Amérique du Sud, en 1525. En fait, nous n'allons pas dans la ville même mais au Parque Natural Nacional Tayrona, au Nord de Santa Marta.

Et c’est parti pour le voyage : taxi jusqu’au Terminal de bus de Cartagena, bus de Cartagena à Santa Marta, taxi du Terminal de bus de Santa Marta à… un carrefour à 10 minutes de là. On a l’impression d’être au milieu de nulle part, mais en fait on est au bord de la route où passent les bus pour le Parque Tayrona ! Il y a d’ailleurs 2 ou 3 cars garés sur le bas côté en attendant de faire le plein de voyageurs pour démarrer. Ces cars vont pour la plupart en direction de la Guajira, voire au Venezuela, et ils passent donc forcément devant l’entrée du parc. Les chauffeurs cherchent donc à faire monter des touristes en cours de trajet histoire de mettre du beurre dans les épinards. Ce n’est évidemment pas tout à fait autorisé, et les compagnies vraiment sérieuses ne le font pas. Mais là, au bord de la route, on a le choix entre attendre le bus (bus bus, pas car) qui passe une fois toutes les demi-heures dans le meilleur des cas, ou négocier un bon prix avec un des chauffeurs présents. 5 minutes de marchandage et c’est réglé : en route !

Une demi-heure plus tard, le car s’arrête en plein milieu de nulle part, et on nous invite à descendre. Un coup d’œil à gauche : route. Un coup d’œil à droite : route. Le car repart et ouf ! De l’autre côté de la route apparaît une petite route qui s’enfonce dans la forêt, et une pancarte signale : Parque Nacional Natural Tayrona - Acceso El Zaino. A l’entrée de la route, on paye notre entrée dans une cahute. C’est $7.100 pour les colombiens et $21.000 pour les étrangers. C’est le genre de moments où je dégaine ma cédula plus vite que mon ombre, ha !! Une pancarte jalousement gardée par un iguane recommande très fortement aux touristes d’être vaccinés contre la Fièvre Jaune. Alex ? Non, pas vacciné. Mag ? Non plus ! Bon ben y’a que moi qui suis vaccinée, mais ça a pas l’air de les déranger plus que ça, hihihi. Il faut dire qu’on ne va pas passer la nuit sur place, donc a priori on ne se fera pas bouffer par les moustiques. (ps: ne pas imiter!!).

On grimpe dans un colectivo qui nous épargne 45 minutes de marche et nous amène directement à la véritable entrée du parc, à mi-chemin entre la route et la plage. La route termine là, et Mag et moi déployons tous un éventail d’arguments pour convaincre Alex de continuer le chemin… à cheval ! On arrive à un compromis : on fera le parcours le plus court à cheval, jusqu’à la plage, et on continuera les 2 pieds sur la terre ferme. Idem au retour. De toutes façons, les finances ne nous permettent pas vraiment plus. Et c’est parti pour une demi-heure de chevauchée. On s’enfonce dans la forêt/ jungle sur des sentiers étroits et boueux. Heureusement qu’on a pas fait le chemin à pied : par endroits on aurait eu de la boue jusqu’aux genoux à cette époque de l’année !

Et on débouche enfin à Cañaveral, à quelques mètres de la plage. On laisse les chevaux : on a jusqu’à 16h pour les retrouver là et repartir à cheval vers la sortie. Il faut pas traîner pour vraiment profiter du Parc. Quelques pas et un panneau nous avertit : Bienvenue au Paradis !!!




Ouuaaahhhh, on est prévenus !!! On débouche sur une immense plage déserte, face à une mer déchaînée. Les plages du Parque Tayrona, ce n’est pas l’image d’une plage paradisiaque des Caraïbes telles qu’on se les imagine en général. Ce sont bien des plages paradisiaques des Caraïbes, mais d’une beauté bien particulière. Il est interdit de s’y baigner car ici la mer est traître : remous, ressacs… et requins. Et on n’a pas particulièrement envie de s’allonger sur le sable car le vent souffle et il caille.




La région du Parque Tayrona est un micro-climat pas très engageant en comparaison avec la région, mais qui du coup protège un écosystème unique: 100 espèces de mamifères, 200 espèces d'oiseaux et 50 de reptiles (euh... on préfère pas savoir le nombre d'espèces d'insectes!!!), 350 espèces d'algues et près de 800 espèces de plantes. Le parc fait pas moins de 15.000 hectares, dont 3.000 hectares de zone marine.



Le paysage est d’une beauté incroyable. La marée en se retirant a formé des lacs au pied des arbres, et de l’autre côté la mer rugit. La montagne est à deux pas: ce sont les contreforts du sommet le plus haut de la Colombie, le Pico Cristóbal Colón (5775m). Ce sommet est plutôt original: en effet il doit son titre à une différence de seulement 1m avec son frère jumeau, le Pico Simón Bolívar. Les deux se situent dans la Sierra Nevada, le plus haut massif côtier du monde, totalement indépendant de la Cordillère des Andes bien que la Cordillère finisse en 3 chaînes de montagnes qui traversent presque tout le territoire de la Colombie. Rien que pour nous remettre de ce premier paysage, il nous faut presque trois quart d’heure.




Une petite marche et on se retrouve dans une crique. Mag repère une noix de coco et, intriguée, propose de l’ouvrir. Ha ! Elle est bonne celle-là ! On a faim, on a soif, mais je préviens Mag : ouvrir une noix de coco, même équipé d’une machette, ça n’est pas une mince affaire !! Alex se met à la tâche : lancers de la noix de coco contre une pierre pour rompre l’enveloppe externe (5min d’efforts), bataille avec un pauvre petit couteau de poche pour enlever complètement l’enveloppe (10min de lutte et miraculeusement aucun doigt coupé…), forage de la noix avec le même petit couteau qui crie au secours (5min pendant qu’on prépare la bouteille à recevoir le lait de coco), et opération chirurgicale pour détacher la chair de la noix (encore 5min de totale impatience) et pouvoir enfin… manger la noix de coco !!!!!! Tout ça pour s’apercevoir après avoir fait deux pas… qu’on est à 5m d’un stand de casse-croûtes et boissons !!!!!!!!




L’estomac plus tranquille, on continue le parcours vers le secteur d'Arrecifes. Le chemin part de la plage, s’enfonce dans la forêt dense, zigzague entre les lianes, monte, descend, revient vers la plage…





Puis le chemin change; c’est plutôt une allée entre des arbres et des palmiers gigantesques, jusqu’à arriver au Cabo de San Juan de Guía.



Là, j'assiste pétrifiée au travail d'une colonie de fourmis. L'organisation est militaire, d'une redoutable efficacité. A nos pieds, des petits morceaux de feuilles ondulent en file indienne, tandis que les fourmis s'étant débarrassées de leur fardeau retournent au boulot au pas de course. L'arbuste est littéralement dépecé à vue d'oeil. On ne s'attarde pas sur place car les chevaux nous attendent: demi-tour. Lorsqu'on repasse sous les grands arbres, la lumière a commencé à diminuer. C'est l'heure où les crabes sortent de leurs trous. Au début on ne se rend compte de rien, puis quelque part dans la vision périphérique on voit quelque chose bouger par terre. On s'aperçoit alors que tout autour de nous la terre est truffée de trous. On s'arrête sans faire de bruit et petit à petit on les voit sortir. Il y en a des tous petits et d'autres dont le corps fait largement un poing, avec la carapace bleutée et les pattes roses.



Allez hop! On se remet en route pour rejoindre le secteur de Cañaveral. On arrive un peu en retard, mais les chevaux sont là et nous attendent. Sur le chemin du retour, Mag entraîne Alex -qui avait soit-disant peur des chevaux- dans un surprenant galop jusqu'à l'arrivée! Je suis tranquillement derrière: mon cheval est paresseux et je profite du paysage. Une fois les chevaux rentrés au bercail, on négocie avec un chauffeur de taxi: il nous conduira directement au Terminal de bus de Santa Marta, comme ça on ne restera pas plantés au bord de la route nationale de nuit... et sous la pluie qui commence à tomber! En attendant, c'est aussi l'heure où les employés du parc finissent leur journée. On monte tous les 3 à l'arrière, une employée et un ouvrier montent à l'avant à côté du chauffeur, et 2 autres ouvriers prennent place... dans le coffre ouvert!!!!! On dépose les " personnes "de trop" à l'entrée du parc et on file vers Santa Marta. Enfin, "filer" est un grand mot. Le véhicule grince de partout, et le chauffeur n'est paaaaassss preeeeessééééééééé... Il salue les militaires comme des vieilles connaissances à tous les barrages, discute avec son pote de la pluie et du beau temps. A l'arrière, on désespère un peu mais on prend notre mal en patience: c'est pas ça qui va nous gâcher la journée. Arrivés au Terminal de Santa Marta, on réalise qu'à cette heure-ci il n'y a plus de bus directs pour Cartagena: on monte donc dans un bus pour Barranquilla, où on fera le changement.

On arrive tard, congelées et crevées à Cartagena. Je ne résisterai pas l'épreuve, et je tombe malade: grippe en pleine Caraïbe, j'adore... Du coup, on repoussera notre retour à Bogota et on sera forcées d'annuler les visites prévues au départ de Cartagena, et de revenir en avion car je ne résisterai pas à nouveau 24h de bus dans cet état-là. Mais Mag ne s'en plaint pas car en attendant elle a la tête pleine de souvenirs :-)

Wednesday, October 17, 2007

En los años mil seiscientos, cuando el tirano mandó, las calles de Cartagena, aquella historia vivió (Joe Arroyo - Rebelión)

Hier pour nous remettre de nos émotions au Castillo San Felipe, on a décidé de faire une petite balade tranquille dans le centre ville. L'occasion pour Mag de voir enfin de près les maisons coloniales qu'on longe depuis plusieurs jours en bus dans nos différents trajets. On descend du bus à la India Catalina et on entre dans les murailles par la Calle de la Serrezuela. Ce qui est drôle à Cartagena, comme d'ailleurs dans la Candelaria à Bogotá, c'est que les rues changent de nom à chaque intersection. Par exemple la Calle de la Serrezuela devient Calle del Campo après la première intersection, puis Calle Stuart après la Plaza San Diego. Au moins, une fois qu'on a trouvé la bonne rue, on est sûr de plus se perdre! (photos Mag)



Dans la Calle Cochera del Hobo on passe dire bonjour à ma cousine Cori, qui est réceptionniste dans un hôtel. On reviendra la chercher à 15h lorsqu'elle sortira du boulot. On a encore quelques heures devant nous, donc on en profite pour faire un grand tour du centre. Mag a l'oeil: elle ne rate ni les Palenqueras, ni les vendeurs ambulants de café et cigarettes, ni ceux de fruits et légumes!




Les maisons du centre sont fidèles à elles-mêmes: colorées, ensoleillées, fleuries et magnifiquement restaurées... pour la plupart! Car beaucoup de ces maisons sont plus que centenaires, et les propriétaires n'ont pas toujours les finances pour les restaurer selon le lourd cahier des charges correspondant à un site reconnu Patrimoine de l'Humanité. D'ailleurs, de moins en moins de Colombiens sont encore propriétaires de maisons dans le centre-ville, et encore moins de Cartageneros. Les prix flambent et les étrangers achètent, certes en investissant énormément pour la restauration. Mais du coup, le centre-ville paraît parfois ne plus appartenir aux habitants moyens de Cartagena et ne répondre qu'aux besoins des touristes. C'est le prix d'une restauration de Cartagena souvent faite sans les Cartageneros. N'empêche, si vous avez de quoi, il y a encore quelques anciennes bâtisses à retaper... voire à reconstruire totalement!


Les balades ça creuse, donc on décide de faire une pause pour déjeuner. Des amis nous ont recommandés le restaurant El Santísimo, donc on va tester. Le lieu est absolument magnifique à en rester bouche bée. Tous les détails sont soignés, la restauration et la décoration sont à couper le souffle.... Je déguste un Coctel de Camarones très fin et Mag choisit un Carpaccio de Saumon. La cuisine est délicieuse et très élaborée... et l'addition est très très salée!!!!!!!!!!!!!!! Bon, on s'y attendait et on avait décidé de se faire plaisir pour changer de la yuca et du riz. Et on a plus ou moins prévu en optant pour une entrée, un jus, et un dessert pour 2. On paye vite fait histoire de pas trop y penser, et on garde le souvenir d'avoir déjeuner une fois dans notre vie dans un restaurant de luxe à Cartagena de Indias, hehehe...



C'est enfin l'heure d'aller chercher Cori. Comme on n'a pas tout à fait fini nos visites de la journée, on l'emmène avec nous au Palacio de la Inquisición. J'avoue, il y a plus fun comme visite, mais après tout c'est l'histoire de Cartagena... Le Tribunal de l'Inquisition a fonctionné pendant deux siècles à Cartagena à partir de 1610. La Couronne espagnole l'a imposé car Cartagena était réputée pour être un haut lieu de pratique de la sorcellerie et de présence d'hérétiques, à cause des rites pratiqués par les esclaves noirs mais aussi parce que beaucoup de marchands et artisans juifs avaient émigré aux Indes. A Cartagena, l'Inquisition n'a condamné à mort "que"... 5 personnes en deux siècles. Cependant, l'Histoire ne dit pas combien de personnes elle a fait torturer à l'aide d'instruments tous plus inhumains les uns que les autres... C'est sans doute pourquoi elle est autant ancrée dans la mémoire collective de Cartagena, comme l'illustre le roman "Los cortejos del diablo" de Germán Espinosa, décédé en ce 17 octobre 2007.



Pour terminer la balade dans une ambiance plus légère, on sort des murailles par la Plaza de la Aduana, on longe le Parque Centenario par le Paseo de los Mártires, et on se rend au Centro Comercial Getsemaní... trop tard pour y trouver ma tante dans son salon de coiffure. La coupe de cheveux, ça sera pour une autre fois! On slalome à travers la foule et les vendeurs ambulants jusqu'à la India Catalina, et hop, retour au bercail!